Prévoyance médecin libéral : que verse vraiment la CARMF en cas d’invalidité ?
Ce que personne ne vérifie avant qu’il soit trop tard – l’exemple de Marina
Un médecin libéral installé pense souvent que la CARMF le couvre en cas d’invalidité. C’est vrai — mais uniquement dans un cas très précis : l’invalidité totale et définitive, avec cessation complète d’activité et fermeture du cabinet.
Tout ce qui est en dessous ? La CARMF ne verse rien.
Le cas de Marina illustre ce que cette réalité signifie concrètement — et ce que le contrat complémentaire doit absolument couvrir.
Le profil de Marina
Marina est pédiatre libérale, installée depuis 6 ans dans une ville moyenne. Elle exerce en cabinet de groupe. Mariée, deux enfants de 4 et 7 ans.
Ses revenus : 80 000 € de BNC annuel, soit environ 6 650 € nets par mois après prélèvements obligatoires.
Elle a souscrit un contrat de prévoyance complémentaire à l’installation (Loi Madelin), sur les conseils de son expert-comptable. Elle n’a pas rouvert les conditions générales depuis.
Suite à un accident de VTT, Marina présente des séquelles neurologiques affectant sa motricité fine. Elle ne peut plus réaliser certains actes techniques, mais peut assurer des consultations simples à rythme réduit. Elle ne ferme pas son cabinet — elle continue d’exercer partiellement.
Première question : que lui verse la CARMF ?
Ce que verse la CARMF — et ce qu’elle ne verse pas
La condition qui change tout
La CARMF n’a pas de système de catégories d’invalidité partielle comme le régime général. Son régime complémentaire invalidité-décès prévoit une pension uniquement si le médecin est reconnu « atteint d’une maladie ou victime d’un accident entraînant une invalidité totale et définitive le rendant absolument incapable d’exercer sa profession ».
Deux conséquences directes :
- Pas d’invalidité partielle indemnisée. Un médecin qui peut encore exercer partiellement — même à 20 % de son activité habituelle — n’est pas éligible à la pension CARMF.
- Fermeture du cabinet obligatoire. Pour percevoir la pension, le médecin doit avoir cédé ou définitivement fermé son cabinet. Toute reprise d’une profession de santé met fin au versement.
Dans le cas de Marina : zéro. La CARMF ne lui verse rien. Elle continue d’exercer partiellement — elle ne répond pas aux conditions d’attribution.
Ce que la CARMF aurait versé en cas d’invalidité totale
Pour mémoire et pour calibrer le contrat complémentaire, voici ce que la CARMF aurait versé si Marina avait dû cesser toute activité définitivement.
Le montant de la pension CARMF est calculé sur le meilleur revenu des trois dernières années, avec un plancher et un plafond fixés chaque année par le conseil d’administration :
| Meilleur revenu des 3 dernières années | Pension annuelle 2026 |
|---|---|
| ≤ 48 060 € | 23 662 €/an (1 972 €/mois) |
| Entre 48 060 € et 144 180 € | Variable selon les revenus |
| ≥ 144 180 € | 31 549 €/an (2 629 €/mois) |
Pour Marina, avec un revenu de 80 000 €, en extrapolant linéairement dans la fourchette :
Montant de l’indemnisation en cas d’invalidité totale = 26 284 €/an → 2 190 €/mois bruts
⚠️ Cette extrapolation est indicative. Le montant réel peut différer légèrement.
Les majorations applicables à Marina :
La CARMF prévoit plusieurs majorations cumulables :
- +35 % pour conjoint marié depuis au moins 2 ans, avec ressources personnelles < 31 252 €/an → +766 €/mois
- Rente enfants : jusqu’à 8 788 €/an par enfant à charge (montant maximum, versé jusqu’à 21 ans, prolongeable à 25 ans en cas de poursuite d’études) → jusqu’à +1 465 €/mois pour ses 2 enfants
- Bonification familiale de 10 % : applicable à partir de 3 enfants — non applicable ici
Total CARMF en cas d’invalidité totale pour Marina : ~4 421 €/mois bruts avec toutes les majorations.
Soit environ 3 700 à 3 900 € nets, ce qui représente un taux de remplacement de 55 à 59 % — correct, mais uniquement dans le scénario le plus grave.
Le vrai problème : tout ce qui est entre « rien » et « invalidité totale »
La situation de Marina illustre l’angle mort central de la CARMF pour les médecins libéraux.
Entre « exercer normalement » et « cesser toute activité définitivement », il existe une zone intermédiaire très large — et très fréquente dans les sinistres réels :
- Un médecin qui ne peut plus réaliser ses actes techniques mais peut encore consulter
- Un médecin qui réduit son activité à 40 % suite à une pathologie chronique
- Un médecin qui passe d’une activité libérale pleine à une activité salariée partielle
Dans tous ces cas, la CARMF ne verse rien. C’est le contrat complémentaire qui doit couvrir seul la perte de revenus.
Le contrat que Marina avait — et ses défauts
Le contrat souscrit à l’installation prévoyait une rente complémentaire de 2 200 €/mois en cas d’invalidité, avec deux problèmes cumulés.
Problème 1 : la définition de l’invalidité
Le contrat initial définissait l’invalidité totale comme l’impossibilité d’exercer toute activitée rémunérée. Le seuil d’indemnisation en invalidité partielle était fixé à 33%.
Problème 2 : le niveau de garantie sous-dimensionné
Même si le contrat s’était déclenché, 2 200 €/mois pour compenser une perte de revenus sur 80 000 € de BNC était insuffisant. Un taux de remplacement cible de 70 % implique une rente complémentaire d’au moins 3 000 à 3 500 €/mois.
Ce qu’on a mis en place — les deux ajustements clés
1. Changer la définition de l’invalidité
Le nouveau contrat définit l’invalidité totale par rapport à l’impossibilité d’exercer son métier de pédiatre sans considération des possibilités d’exercer d’autres activités.
Si Marina doit se reconvertir sur autre profession que celle de pédiatre, elle percevra son indemnisation en totalité jusqu’à la liquidation des droits à la retraite.
2. Revoir le seuil d’intervention et le niveau de garantie
Le nouveau contrat prévoit :
- Une rente complémentaire portée à 3 200 €/mois
- un seuil de prise en charge en cas d’invalidité partielle dès 16% sur barème professionnel.
Ce que ce cas illustre pour tout médecin libéral
La CARMF est un régime conçu pour le pire scénario : la cessation totale et définitive. Il ne protège pas les situations intermédiaires, qui sont pourtant les plus fréquentes.
Pour un médecin libéral, les questions à poser à son contrat complémentaire sont donc :
- La définition de l’invalidité . Comment mon contrat définit cette notion d’invalidité ?
- Le niveau de rente est-il calibré sur les revenus actuels, pas ceux de l’installation ?
- Le seuil de prise en charge est il optimum ?
- Le barème utilisé pour calculer le taux est il un barème croisé, professionnel ?
Un médecin libéral qui répond « je ne sais pas » à l’une de ces trois questions a une raison sérieuse de faire relire son contrat.
Votre contrat se déclenche-t-il si vous réduisez votre activité sans fermer votre cabinet ?
C’est la question que la plupart des médecins libéraux n’ont jamais posée à leur assureur. Un bilan prévoyance de 20 minutes suffit à vérifier la définition retenue dans votre contrat — et à mesurer l’écart si elle ne couvre pas les invalidités partielles.
→ Contactez-nous via le formulaire
Réponse sous 24h. Sans engagement.
